Un lieu exceptionnel pour des séminaires "au vert" ou des réceptions. Des chambres d'hôtes de charme au château tout près de Giverny ( 5 mn), près de Paris(50 mn) proche de Rouen (50mn)
Parcourir à pied la baie du Mont Saint-Michel, c'est une belle balade à faire même en hiver, quand le temps est clément. Si l'on n'est pas du coin, il est indispensable de prendre un guide pour déjouer les pièges mortels que cette zone entre mer et terre tend aux imprudents.
Les guides de la Baie ne font pas que vous accompagner, ils proposent une analyse du milieu qui permet de comprendre les spécificités de l'écosystème local.
A la base de tout, il y a la tangue, un sédiment composé de sable et de vase. La mer apporte des sables et des débris de coquillages, les rivières (pardon, les fleuves) qui se jettent dans la baie charrient des argiles, tout cela se mélange à chaque marée, pour se déposer ou repartir au large, au gré des flots.
La tangue est un terrain fertile, dans la région du Mont elle sert d'amendement aux sols acides. Au sud du Mont, depuis longtemps des polders ont été gagnés sur la mer.
Plus on s'avance vers le nord, vers le Mont, plus les terrains sont susceptibles d'être visités par les vagues. Leur pente imperceptible laisse monter l'eau plus ou moins loin, selon le coefficient de marée. La fréquence avec laquelle l'eau salée recouvre le sol varie, de même pas une fois par an à deux fois par jour. La végétation varie en conséquence.
Juste au-dessus de l'estran, dans des zones que la mer recouvre régulièrement mais pas tous les jours, on trouve les fameux prés salés. Ces herbus sont colonisés par des plantes halophytes, c'est-à-dire qui supportent le sel. Certaines sont délicieuses, croquantes et savoureuses, comme la salicorne ou l'obione, alias faux pourpier. D'autres sont appréciées des moutons, comme la puccinellie, une graminée de bord de mer qui a l'apparence de l'herbe la plus banale. Au total 70 espèces se partagent ce domaine instable et menacé.
Car la cartographie de ces terrains change d'une année sur l'autre, selon les fantaisies des cours d'eau, qui serpentent dans la baie et balaient la tangue sur leur passage. Pour l'instant, les herbus gagnent du terrain. Mais cela devrait changer bientôt, grâce au vaste programme de restitution du caractère maritime du Mont.
A la cafétéria du Mémorial de Caen, la jeune femme qui vous sert un café aussi noir que sa peau s'appelle Pacifique. Un prénom prédestiné pour travailler dans ce musée qui se veut "Cité de la Paix". Quand on le lui dit, son rire éclate, éclaboussant de gaieté les idées sombres.
Ce n'est pas gai de visiter le Mémorial de Caen, "le" musée français de la Seconde Guerre mondiale. Oppressant même de parcourir ce grand livre d'histoire où l'architecture est au service du propos pour faire comprendre et ressentir les évènements, les causes du conflit, son évolution, ses suites.
Mais le Mémorial se veut aussi la cité de la Paix. Un espace où plaider pour les droits de chaque être humain. C'est dans cet esprit que chaque année depuis quinze ans, a lieu le concours de plaidoiries pour les Droits de l'Homme.
Ce concours s'adresse en priorité aux lycéens, mais aussi aux élèves avocats et aux avocats. Jeunes ou ténors du barreau choisissent eux-mêmes une cause qu'ils souhaitent défendre.
Plus de 800 lycéens y ont participé cette année. Après avoir franchi la sélection régionale, les meilleurs se départageaient ce week-end au Mémorial de Caen.
C'est réconfortant de voir tous ces jeunes s'indigner. Prendre fait et cause pour la corne de l'Afrique, contre la répression en Syrie, pour la liberté d'expression en Russie, ou plus près de nous pour le droit à une fin de vie digne et heureuse.
Je suis repartie du Mémorial avec dans le coeur l'espoir offert par leurs messages de refus de l'inacceptable, leur jeune éloquence contre l'indifférence.
Et le rire de Pacifique.
On est souvent un peu déçu par les tombes des gens célèbres. On s'attendait à quelque chose de grandiose, à l'image de leur talent ou de leur aura, on se retrouve devant une dalle banale qui pourrait être celle de n'importe qui.
A Rouen, le grand cimetière qui domine la ville se nomme, en toute simplicité, le cimetière monumental. Au 19e siècle, cela devait ressembler à une ville pour les fantômes, un alignement de chapelles familiales ornées de vitraux et de fer forgé.
Aujourd'hui, beaucoup de ces monuments funéraires souffrent du manque d'entretien, jusqu'à offrir parfois l'image d'un chaos de dalles, bousculées, basculées en tous sens, comme si l'aube était venue figer l'ouverture des tombeaux pour quelque sabbat nocturne.
Je ne sais pas ce qui se passe la nuit, mais en pleine après-midi, l'atmosphère est paisible et la balade agréable, le long des allées rectilignes animées par les silhouettes des ifs et des pins.
La vue, surtout, est splendide. On a offert aux morts un belvédère d'où ils peuvent contempler à loisir les vieux quartiers hérissés de clochers, tapis autour de la cathédrale, et le sillon argenté du fleuve enjambé par les ponts.
C'est déjà une bonne raison pour venir flâner dans ce Père-Lachaise normand, à goûter la mélancolie du temps qui passe. Une autre est d'aller se recueillir sur la tombe du plus célèbre hôte de ces lieux : Gustave Flaubert.
De là-haut, s'il se penche un peu, le grand romancier peut presque apercevoir le musée Flaubert, pardon, l'ancien Hôtel-Dieu où il est né et a passé les vingt-cinq premières années de sa vie, en tant que fils du chirurgien-chef. De sa maison natale à sa dernière demeure, c'est un tout petit parcours pour quelqu'un qui a tant transporté ses lecteurs.
Le flaubertien du dimanche franchit donc la porte du cimetière monumental de Rouen et se met en quête de la signalétique vers la tombe illustre. Et là, surprise, Flaubert a de la compagnie. Sépultures Louis Bouilhet et famille Flaubert, suggère la pancarte.
Le flaubertien du dimanche s'étonne. Qui est donc ce Louis Bouilhet qui a le culot de voler la vedette au génie du roman réaliste ? Comment s'y est-il pris pour figurer sur le même panneau ?
En fait, ce n'est pas si étrange que cela, et simplement l'effet de l'ordre alphabétique. Car si Louis Bouilhet a sombré dans l'oubli, sauf pour les flaubertiens à plein temps, il a pourtant compté beaucoup pour son grand ami Gustave. Tous deux se sont connus au collège, pour devenir intimes à 24 ans.
Bouilhet a d'abord fait des études de médecine, avant de se tourner vers la littérature. Il écrit, des vers, des pièces, bien accueillis et pour lesquels Flaubert a beaucoup d'estime. A sa mort, son succès n'est pas assez éclatant cependant aux yeux du conseil municipal de Rouen pour justifier l'édification d'un monument à sa mémoire. Flaubert, qui est le mandataire de la souscription, s'énerve de ce refus. Sa lettre à la municipalité est un bijou de raillerie et de férocité.
Flaubert devait bien cet engagement à son "accoucheur". Cent cinquante ans plus tard, on ne lit plus Bouilhet, mais son influence sur l'oeuvre de son ami se sent encore, lui que Flaubert nommait "ma conscience littéraire, mon jugement, ma boussole".
Si vous aimez les jardins de graminées, il en est un à ne pas rater à Giverny. Il s'appelle très justement la Prairie : c'était le nom de la parcelle, et pour une composition d'herbes, on ne pouvait mieux trouver.
C'est en fin de saison que la Prairie est au faite de sa beauté, quand ses panaches plumeux s'entremêlent, que les feuilles se dorent, quand chaque variété forme d'énormes coussins doux, animés par la brise.
Au loin, de grands arbres marquent le cours de l'Epte, dont un bras traverse la Prairie. Au printemps, le ruisseau glougloute entre les iris jaunes. Puis il accueille la danse des patineurs de bassin, tandis que de longues algues y ondulent.
La masse mauve du coteau creusé par la Seine borne l'horizon.
Aucune haie, aucun grillage n'enserre la Prairie, qui se fond avec naturel dans les cultures. En été, parfois, un champ plein de coquelicots, jadis peint par Monet, la prolonge.
On peut pique-niquer sur les parties herbues, ou à l'ombre dans le bosquet près de la rivière.
Ce jardin presque sans fleur a été créé par une femme, Florence Robert, à la demande de la mairie de Giverny. Architecte-paysagiste, Florence Robert est une collaboratrice du cabinet d'architecture Reichen et Robert, les créateurs du musée des Impressionnismes.
J'ai fait cette photo le 1er novembre, à 18h, en allant chercher une dernière fois ma voiture. Eh oui ! La Prairie, c'est le nom du grand parking de Giverny. Trois cents places où laisser vos chevaux vapeur brouter tranquilles, les roues dans l'herbe.
Cette paire de moustaches à la gauloise n'appartient pas à quelque chef de tribu du temps des Véliocasses ou des Eburovices, mais à un esprit très raffiné de la fin du 19e siècle : le poète belge Émile Verhaeren.
Son buste se dresse dans les jardins de l'abbatiale Saint-Ouen de Rouen. C'est en effet à Rouen que le poète a trouvé la mort en 1916.
Émile Verhaeren a l'honneur d'avoir écrit, à côté de magnifiques vers pour lecteurs adultes, quelques poèmes qui s'apprennent encore dans les écoles primaires. Peut-être celui-ci, tout à fait de saison, vous rappellera-t-il des souvenirs :
Monsieur le vent
Ouvrez les gens, ouvrez la porte,
Je frappe au seuil et à l'auvent,
Ouvrez les gens, je suis le vent
Qui s'habille de feuilles mortes.
Entrez monsieur, entrez le vent,
Voici pour vous la cheminée
Et sa hotte badigeonnée.
Entrez chez vous, monsieur le vent.
Émile Verhaeren a eu aussi une intense activité de critique d'art, défendant les peintres modernes, et parmi eux Claude Monet. Bien que, né en 1855, le poète soit de quinze ans le cadet du peintre, en 1885 rien n'est encore acquis pour les impressionnistes. Dans Le Journal de Bruxelles, à l'occasion d'une exposition d’oeuvres impressionnistes, Émile Verhaeren ne mâche pas ses mots :
L’homme qui le premier s’est improvisé paysagiste impressionniste, c’est Claude Monet. Plus que personne il est le superbe révolutionnaire et pour l’instant le principal bafoué. C’est de règle. Voyant de manière plus parfaite, plus profonde, plus délicate, il est nécessaire qu’il subisse tous les lazzis des daltoniens de la peinture et de la critique, des immobilisés de tout âge et des retardataires de toute arrière-garde.
Je ne sais pas si Verhaeren a rencontré le maître de Giverny. En revanche, il était un ami de Maximilien Luce, qu'il fait venir en Belgique où Luce va se faire le chantre du Pays Noir.
Verhaeren aura été l'une des gloires de son temps, un homme de lettres ami des têtes couronnées, traduit en vingt langues. Quand la Première Guerre mondiale éclate, le poète met sa célébrité au service de la paix. Il est sollicité pour des conférences. C'est au lendemain de l'une d'elles, en 1916, à Rouen, que l'accident arrive. A la gare, la foule autour de lui est dense. A-t-il été bousculé ? Tente-t-il de monter dans le train alors que celui-ci roule encore ? A l'instant où la locomotive entre en gare, Verhaeren chute et est écrasé par le convoi.
Si cette mort stupide a quelque chose de révoltant, cette fin est étonnamment chargée de symbole. Le critique qui a défendu Monet s'éteint dans la ville que le peintre a célébrée, dans une gare, symbole de la modernité.


